Une décision ne peut être prise valablement que si les chefs politiques, et aussi les militants à tous les niveaux ont exposé et représenté face au pays les thèses entre lesquelles il est appelé à choisir. [...]
Ils doivent faire apparaître et comprendre les facteurs et les ressorts durables des alternatives qui s'offrent. Chacun soutient alors les solutions qui semblent meilleures en fonction de son éthique personnelle. La discussion publique fait éclater les contradictions, les dissentiments; loin de les redouter et de les masquer, l'homme politique les souligne au besoin pour faciliter l'arbitrage de l'opinion.
Rien n'est plus néfaste que le comportement fréquent qui, pour favoriser des coalitions successives, dissimule les divergences, affirme que "ce qui nous unit est bien plus important que ce qui nous divise", slogan apaisant qui permet de former des majorités [...] mais en les condamnant à l'impuissance].
Pierre Mendès France, in "La vérité guidait leurs pas", Ed. Gallimard, coll. Témoins, 1976, page 27.