Par Jean Michel BAYLET, Président du Parti Radical de Gauche
Notre Congrès de Paris, les 17 et 18 mai, était aux termes de nos statuts un congrès ordinaire. On se laisse souvent abuser par les mots. Celui-ci, « ordinaire », n’avait en l’occurrence qu’un sens juridique, celui d’un rendez-vous statutaire. Certains ont voulu lui donner une signification politique : notre Congrès était tellement ordinaire qu’il en serait devenu banal.
Pensez donc ! J’étais à nouveau candidat à la Présidence de notre Parti. Et je l’étais sans opposition déclarée. Et nous étions sortis de la période de fortes turbulences électorales. Et l’on prétendait, de l’extérieur ou même de l’intérieur de notre Parti, nous fixer une seule orientation politique, exclusive de toute rencontre, de tout dialogue, de toute ouverture à ce qui n’est pas socialiste. Bref, notre Congrès s’annonçait, pour les éternels pessimistes, comme celui de la plus totale vacuité politique.
Et qu’avons-nous vu ? D’abord, des radicaux nombreux, disponibles, attentifs et d’une grande culture radicale aussi bien dans leurs contributions que dans leurs interventions. Surtout, des radicaux rassemblés. J’ai été personnellement très heureux, après mon élection dont je vous remercie tous, d’être entouré de mes prédécesseurs qui, par leurs différences, témoignaient ensemble de ce rassemblement. Notre passé récent venait apporter sa caution politique à l’avenir du Parti Radical de Gauche. Ordinaire, vraiment ?
Nous avons aussi repris, à l’occasion du Congrès, notre travail militant par la base, celle des idées, de l’actualisation de notre doctrine. Je vous l’avais écrit en annonçant ma candidature : il ne servirait à rien de réciter nos valeurs si nous n’étions pas capables d’en démontrer concrètement l’utilité pour la solution de problèmes politiques actuels et même brûlants. J’ai personnellement présenté, avec Jean-François Hory, un document d’orientation que vous trouverez avec ce numéro spécial et qui tendait plus à provoquer des réflexions qu’à imposer des analyses. Et, de fait, la réflexion souhaitée commence dès ce bulletin où vous êtes tous invités à préparer votre participation aux débats de notre Université d’été sur la problématique liberté- responsabilité que nous avons posée dans plusieurs champs sociaux. Notre travail doctrinal a été amorcé par le Congrès.
Ordinaire ? J’ai en outre clairement laissé entendre aux congressistes que je souhaitais consacrer, en bonne partie, le nouveau mandat que votre confiance m’a remis à un changement de génération à la tête de notre Parti. Et le Congrès a appelé les nouveaux radicaux, hommes et femmes, les ambitieux du radicalisme, les non-résignés, les optimistes à se préparer pour recevoir toutes leurs responsabilités dans un processus progressif de transmission entre les générations. Notre Congrès a donc élu un Président pour préparer le changement. Ordinaire, pensez-vous ? Et une autre surprise a été provoquée par les militants eux-mêmes sur un sujet qui n’était pas à l’ordre du jour du Congrès, je veux parler des élections européennes. Pour moi, je ne me suis pas prononcé mais j’ai écouté les diverses hypothèses : alliance traditionnelle, indépendance, ouverture au centre, ou plus loin… La presse a même parlé de « vifs débats » entre les radicaux. Ordinaire, d’après vous ?
Et bien non ! Décevons une fois de plus ceux qui voudraient ranger le radicalisme et les radicaux au rayon poussiéreux des objets politiques démodés. Les radicaux sont bel et bien là et prêts, sur la lancée de leur Congrès, à se replacer au milieu du jeu politique et à peser sur la réalité sociale pour la transformer. Merci à tous, vous avez été extraordinaires. Et maintenant, malgré les vacances qui s’approchent, au travail !