Préparer l'avenir, cela implique une volonté permanente d'intervention (même si les hommes au pouvoir sont conscients des limites qui leur sont imposées), à l'inverse de l'attitude passive et attentiste qu'enseignent les écoles libérales du laissez-faire, laissez-passer – ou à laquelle conduisent certaines simplifications gauchistes.
Cela conduit aussi à concervoir une démocratie qui n'est pas prisonnière de son étroit domaine du XIXe siècle, mais qui s'étend aux décisions économiques, à la vie sociale, à tous les problèmes auxquels le XXe siècle est si justement sensible et qui restaient souvent tabous et inavoués jusque-là. La démocratie ne peut être cantonnée aux affaires étroitement politiques, pas même à celles de l'économie. Elle touche à tout ce qui concerne l'homme.
Certains refusent cette approche volontariste ; ils comptent sur un « grand soir » qui se produira tout seul, comme un miracle! Mais à une responsable, à un élu, on ne demande pas d'attendre tranquillement le grand soir; on lui demande d'agir, fût-ce modestement, chaque jour, de travailler, de construire...
Pierre Mendès-France, « L'homme d'Etat et le Pouvoir », in La Vérité guidait leurs pas, Paris Gallimard, coll. « Témoins », 1976. Page 22.