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De la présidentielle aux municipales. Les fondements de l'ouverture. Essai d'analyse. Par le Professeur Hervé CAUSSE.
Certaines personnalités de gauche - et non des moindres - ont rejoint le Président SARKOZY au nom de "l'ouverture politique" dont le président a encore parlé au cours de ses voeux.

Les électeurs pourront voter pour des listes municipales dites d'ouverture, presque partout en France.

Le débauchage individuel devient un phénomène politique : des maires de gauche ou qui en sont proches seront investis UMP !

Outre les excès qui visent à dénoncer, par facilité médiatique, les "traitres", opportunistes, et autres buveurs de soupe..., tout démocrate s'interroge alors, sincèrement, sur le sens de l'ouverture.

Manœuvre politicienne ? Sans doute (I). Mais pas seulement (II).


I. - L'ouverture sème la zizanie chez les socialistes et renforce mécaniquement la droite, voire d'autres partis de gauche. C'est finalement de bonne guerre. La zizanie existait, à peine est-elle amplifiée.

a. - L'ouverture donne une stratégie électorale nouvelle quand la gauche plurielle bégaye son histoire alors que tous les partis la composant sont affaiblis.

Face à cette stratégie d'ouverture, il fallait du neuf et au plus vite. Mais la direction du Parti socialiste, qui a plus de quinze ans, est engoncée dans une absence de vision et une volonté de temporiser qui neutralise la gauche entière. L'objectif premier semble de vouloir bloquer Ségolène...

Ainsi, les municipales annoncent des listes UMP (voire parfois "UMP – Parti radical valoisien") qui seraient "ouvertes" à toutes sortes de candidats, y compris de gauche. L'idée est ainsi de réunir divers talents d'une cité. Les listes de gauche, listes de fermeture (?), peuvent alors être mal vues par une majorité des citoyens qui sont tout sauf partisans, encore mois sectaires. Plus de 80 % des électeurs votent aux municipales en fonction de circonstances locales.

Cette stratégie positive de la droite peut être vue comme une manœuvre, certes. Mais elle est largement favorisée par l'état de la gauche.

b. - L'ouverture repose aussi sur une gauche éclatée dont les divers partis ne s'entendent pas sur les mesures essentielles et réalistes à prendre. La dénonciation d'une "manœuvre" a alors bon dos pour coller sur la droite l'incapacité d'un camp à s'organiser !

On regrette notamment qu'une voie de centre-gauche n'aboutisse pas, mais c'est ainsi : le projet de Fédération de la gauche a ainsi échoué, le président du PRG, JM BAYLET, a ainsi clairement dit que les conditions de fond nécessaire à ce projet n'étaient pas réunies.

L'ouverture gouvernementale, elle, a alimenté la possibilité d'amplifier le mouvement. Divers partis de gauche (Verts, PRG, PCF, LO) peuvent ainsi reprocher aux socialistes, qui donnent des leçons à tout le monde, d'avoir vu MM. KOUCHNER, BESSON, BOCKEL… entrer au gouvernement, de peu croire à leur propre programme (dont Ségolène ROYAL !), de s'insulter entre eux, voire parfois de négocier avec le MoDem par-dessus la tête des autres partis de gauche.

Bref, c'est en partie la déroute de la gauche qui fonde l'ouverture et non l'inverse ! Il n'appartenait pas à la droite de donner des armes à la gauche… Partout où ces traits sont accusés, une incapacité socialiste à s'organiser soulignée, l'ouverture est rendue possible.

Manœuvre, l'ouverture n'est pas seulement cela. Elle se fonde aussi sur deux réalités solides.

II. – L'ouverture est d'abord une tradition de la République. On peut encore y voir une exigence récente de la population.

a. - L'ouverture concrétise une stratégie présidentielle presque traditionnelle. Le Chef de l'Etat a ainsi tempéré le caractère partisan et militant de son équipe dirigeante (François MITTERRAND fut lui un pratiquant zélé de l'ouverture). La campagne très à droite de N. SARKOZY est ainsi, a posteriori, modérée.

Pensez à l'épisode M. KADHAFI/ Rama YADE, une large partie de la gauche se sera finalement réjouie que la jeune ministre colle une baffe à l'invité…

C'est dans le fil de la même pelote que le Président se tisse un costume pour l'Histoire : son indulgence pour ses adversaires marque sa toute puissance de monarque, il pacifie le débat républicain qui n'est pas la guerre civile (JM BAYLET l'a rappelé plusieurs fois) et il prête ainsi l'oreille à toutes les sensibilités populaires (ce qui évoque presque "l'union nationale" quand il nomme ministre ses adversaires, comme si la patrie était en danger)… autre chose est de savoir ce qu'il en fait, il faut en convenir.

b. - L'ouverture correspond enfin – c'est l'essentiel – à une certaine aspiration populaire qui ne croit plus véritablement à l'alternance droite/gauche. L'idée a fondé le récent et bref succès de François BAYROU. Il a été le plus brillant artisan de l'ouverture !

Il a crié partout que droite et gauche devaient collaborer !
Un Français sur cinq est d'accord ! Contradictoire, enfermé dans son égo, il n'a pas su imposer l'ouverture qu'il a tant prônée, il l'a offerte à SARKOZY.

Cessons de parler la langue de bois ! Des millions de personnes pensent en effet que, l'un dans l'autre, avec la droite ou la gauche, le chômage est toujours là, la criminalité toujours haute, les déficits toujours profonds, les prisons françaises toujours honteuses, etc.

L'ouverture répond alors à l'exigence d'efficacité des Français. Ils souhaitent moins de "politique politicienne" et que les actes des élus améliorent certaines situations difficiles.

Les idéologies des partis, les électeurs, de droite et de gauche, en ont soupé. Les partis pèsent alors moins que les personnes : l'ouverture prétend mobiliser les meilleurs talents, quel que soient leurs bord, dans l'intérêt du pays ou des municipalités. Il n'y a que quelques élus, qui vivent de la politique, pour dire le contraire. Mais, en pratique, sur le terrain, droite et gauche collaborent et, ici même, des conseillers généraux de gauche votent avec la droite ou, encore, des conseillers de communautés d'agglomération.


La conclusion est assez facile à formuler.


Tous ces faits confirment, comme l'on dit, que "les lignes ont bougé" : le clivage droite/gauche persiste, mais il a perdu de sa valeur, de sa teneur et de sa vigueur. L'ouverture portée à ce niveau n'est possible que parce qu'une profonde recomposition des clivages politiques est en cours.

Politiciennes et politiciens professionnels la bloquent par peur de perdre leurs mandats. Bien campés d'un côté de la ligne, l'ouverture est devenue pour eux un cauchemar à l'investiture. Sans investiture, ce sont des nains... L'ouverture jouée aux municipales accélèrera probablement cette recomposition, sans l'achever.

Cette ouverture est en effet préalable et donc transparente.

Elle sera proposée à la population, elle n'a rien à voir avec le débauchage de personnalités après les élections, elle se fait avant les élections.

Il revient ainsi aux électeurs de la cautionner ou de la refuser.

L'ouverture échappe déjà à la seule volonté du président de la République ! Il appartient aux électeurs de trancher.
Rédigé par Hervé Causse le Dimanche 20 Janvier 2008 à 10:47

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